La levure de boulanger n’est pas un traitement de l’inflammation intestinale. Des anticorps portant son nom peuvent être recherchés dans un bilan de maladie de Crohn, mais leur présence ne démontre pas que le pain en est la cause.[7][9] Avant de supprimer des aliments, distinguez la levure utilisée en cuisine, les compléments alimentaires et les probiotiques.
De quelle levure parle-t-on ?
Saccharomyces cerevisiae est utilisée en boulangerie et pour fermenter des boissons.[1] La levure de bière, très proche de celle de boulanger, est vendue sous une forme inactivée comme complément alimentaire : elle apporte des nutriments, mais n’est plus vivante. Un probiotique contient au contraire des micro-organismes vivants. Saccharomyces boulardii est utilisé dans ce second cadre.[2][3] Ces levures ne sont donc pas interchangeables.
Vidal décrit des flatulences et des maux de tête chez certaines personnes intolérantes à la levure de bière. Il rappelle que les compléments concernés ne peuvent pas revendiquer un soulagement de la diarrhée ou de l’inconfort digestif.[2]
Une levure dans l’intestin signifie-t-elle une infection ?
Candida est une autre levure, naturellement présente dans différentes parties du corps, dont l’intestin. Elle provoque une candidose lorsqu’elle prolifère de façon excessive. Sa présence habituelle ne signifie donc pas, à elle seule, qu’une infection explique les troubles digestifs.[4] Il ne faut pas la confondre avec la levure de boulanger ou un complément de levure de bière.
De même, les gaz décrits avec une intolérance à la levure de bière ne permettent pas de poser un diagnostic de maladie de Crohn. La levure de bière inactivée est riche en protéines et en vitamines du groupe B. Cet apport nutritif ne constitue pas une preuve d’effet thérapeutique sur une inflammation de l’intestin.[2][6]
Que signifient les anticorps ASCA ?
Les anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae, abrégés ASCA, peuvent orienter le diagnostic vers une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. La sensibilité de ce dosage est insuffisante pour écarter la maladie en cas de résultat négatif.[9] La recherche de ces anticorps n’est pas un test d’intolérance au pain. Le diagnostic repose sur les symptômes, l’examen médical et des examens complémentaires, dont l’iléocoloscopie : elle permet d’observer une inflammation de la paroi digestive et des ulcères.[6]
Les causes de la maladie de Crohn restent mal identifiées. Pendant une poussée, les aliments qui accentuent les symptômes varient selon les patients. Un journal alimentaire peut aider à en discuter avec le médecin, plutôt qu’à établir seul une liste d’interdits.[7]
Quand demander conseil ?
Une diarrhée persistante, du sang dans les selles, des douleurs abdominales ou un amaigrissement justifient un avis médical.[5] Si un traitement d’entretien vous a été prescrit, ne le remplacez pas par une éviction alimentaire : il sert à limiter les récidives et certaines complications.[8]
Demandez conseil avant de prendre un probiotique vivant si vous êtes très immunodéprimé ou portez un cathéter intraveineux de longue durée : un risque d’infection est décrit dans ces situations.[3]
Sources
- [1] Avis de l’Anses relatif à une levure Saccharomyces cerevisiae traitée par UV, saisine n° 2012-sa-0225
- [2] Levure de bière, Vidal
- [3] Probiotiques, Vidal
- [4] Candidiasis Basics, CDC
- [5] Maladie de Crohn, Vidal
- [6] Diagnostic de la maladie de Crohn, Vidal
- [7] Causes de la maladie de Crohn, Vidal
- [8] Traitements de la maladie de Crohn, Vidal
- [9] Suspicion de maladie de Crohn avec endoscopies conventionnelles normales, conseil de pratique SNFGE, 25 juin 2014




